FÉMININ PLURIEL, ARTISTES DE COEUR ET DE CAUSE !

FÉMININ PLURIEL, ARTISTES DE COEUR ET DE CAUSE !

nancy_vincent_2014  rana_temsah_2014

Un duo d’artistes de cœur, composé de Nancy Vincent et de Rana Temsah, a créé une œuvre collective intitulée N’oubliera jamais. Cette toile a un caractère de grandeur qui fait révérer la puissance de femmes autochtones portées disparues et assassinées au cours des dernières décennies, tant en régions éloignées qu’au cœur des grandes villes du Canada.

À première vue, la noblesse dans l’apparence de cette Autochtone dominant l’avant-plan du tableau nous attire par son allure grave « qui a toute la majesté des grandes choses détruites », comme le dirait Balzac.

Comment vous décrire les frissons qui ont traversé mon esprit, blessé mon cœur et transpercé mon âme comme un éclair, me ramenant au plus profond de l’histoire du pays et des Premières Nations canadiennes?

Ces deux artistes, très douées en arts visuels ont été, tout comme moi, foudroyées par les dessous de la situation concernant plusieurs milliers de femmes et de jeunes filles autochtones tuées.

N'oubliera jamais Nancy Vincent & Rana Temsah

https://www.galeriemptresart.com/boutique/beige/noubliera-jamais-nancy-vincent-et-rana-temsah/

HISTORIQUE DE LA CAUSE: CES FEMMES PORTÉES DISPARUES ET ASSASSINÉES

Le rapport intitulé Stolen Sisters, que publia Amnistie internationale en 2004, révèle la gravité de la situation au grand jour.

Dans sa thèse de doctorat, Maryanne Pearce a méticuleusement documenté 3 329 cas de meurtres et de disparitions de femmes depuis des décennies. Elle note l’ethnicité des victimes, leur style de vie et leur histoire. Parmi les femmes disparues ou tuées, 24,8 % sont Autochtones, alors qu’elles ne représentent que 2 % de l’ensemble de la population du Canada. En dépit des préjugés, 80 % d’entre elles n’étaient pas dans l’industrie du sexe et n’avaient pas un style de vie considéré à risque. Devant l’urgence de la situation, des femmes, des familles, accompagnées de leurs alliés, mettent sur pied des projets pour contrer la violence, briser le silence et trouver des solutions.

Thèse de doctorat de Maryanne Pearce intitulée An Awkward Silence: Missing and Murdered Vulnerable Women and the Canadian Justice System, Université d’Ottawa, 2013. [http://www.ruor.uottawa.ca/handle/10393/26299]

Sans aller en profondeur au sujet des démarches entreprises pour maintenir l’attention sur les taux anormalement élevés de maltraitance envers ces femmes et le manque de mesures efficaces pour répondre à la crise, il est d’actualité de mentionner les efforts d’organismes travaillant bénévolement et sans financement, tels, entre autres, No More Silence, Sisters in Spirit, Association des femmes autochtones du Canada (AFAC), Idle no More.

Leurs efforts sont principalement orientés vers les assises d’une base de données afin de recenser les disparitions de femmes et de documenter les morts violentes aussi bien que les suicides pour causes de harcèlement et d’intimidation.

Audrey Huntley, une des instigatrices du projet, dit « qu’il faut élargir notre compréhension de ce qu’est une mort violente et parle de mort par le colonialisme ».

“Interview with Indigenous feminist Audrey Huntley”, Everyday Abolition/Abolition Every Day, 21 janvier 2014.

Article: « La honte du Canada-Femmes autochtones disparues » écrit par Pinote

https://www.ababord.org/-No-54-avril-mai-2014-

Par rapport aux 1 186 cas de femmes autochtones disparues ou assassinées identifiées par la GRC, l’organisme Femmes autochtones du Québec (FAQ), qui a quarante ans d’existence, revendique une commission d’enquête nationale menant à un plan d’action et ciblant les particularités de chacune des régions au Canada.

Les chiffres réels des disparitions sont indubitablement plus élevés que ceux qui sont accessibles. Il est absolument temps d’agir. En effet, il est même beaucoup trop tard.

http://www.faq-qnw.org/sites/default/files/press/pdf/communique-pressrelease_mmiw_fada_april2014_pdf.pdf

L’Assemblée des Premières Nations et d’autres groupes revendiquent avec force cette commission d’enquête nationale qui tarde à venir.

En juin 2012, les chefs autochtones ont lancé un ultimatum au gouvernement fédéral, exigeant la mise sur pied de ladite commission d’enquête, sans quoi un mouvement national serait déclenché.

L’ART AU SERVICE DE LA MÉMOIRE

« Cette ignorance ou cet oubli de l’art comme élément structurant dans la société est un indice que l’intervention sociale directe serait seule habilitée à avoir un effet sur les individus. On le sait, l’art contemporain ne s’adresse pas à un public de masse, mais cela n’empêche que des femmes artistes ont démontré que l’art pense le social et le culturel. » C’est la conclusion à laquelle arrive Rose-Marie Arbour à propos de l’apport des femmes en art contemporain. Elles ont changé et changent le cours des choses par leur pratique artistique.

La culture au féminin relève le défi de faire valoir le rôle de l’artiste femme comme élément déterminant au sein de la vie sociale et culturelle, et ce, même si de tous temps, les deux mondes, l’art et le social, restent sur des avenues qui peinent à se croiser, à se fondre. Faisons le lien en considérant l’apport artistique des femmes autochtones dans la société, au sein de leurs milieux, et rejoignons la pensée-inspiration des deux artistes signataires du tableau mentionné ci-dessus.

http://esse.ca/fr/dossier-feminin-pluriel-et-feminismes-en-arts-visuels-au-quebec

Comment se fait-il que Nancy Vincent, Québécoise pure laine, et Rana Temsah, Libanaise, grande voyageuse installée à Montréal depuis peu, ont marié leur inspiration, multiplié leurs énergies et produit une œuvre portant sur un sujet si crucial à peine sorti du placard canadien?

Je cite quelques passages de leur rencontre et du modus operandi de leur travail artistique, tel qu’elles le décrivent:

« Depuis le premier portrait et encore aujourd’hui, nos conversations et discussions demeurent continuelles, presque jour et nuit. Les multiples rencontres et les mises sur papier de nos idées, de nouveaux concepts, de techniques ont été la meilleure chose qui puisse nous arriver. Être qui nous sommes, deux artistes qui tentent de se découvrir de l’intérieur; nous nous sommes surpassées en élevant le niveau de difficulté dans chaque nouveau projet ».

https://galeriemptresart.com/nos-artistes/peinture/nancy-vincent-et-rana-temsah/

Examinons de près cette narration tridimensionnelle. D’un premier coup d’œil, à la droite du diptyque, cette Autochtone en avant-plan, à demi-faciès, présente les qualités de traits propres à sa génétique. Elle porte à son oreille une longue boucle de perles marron et turquoise qui font analogie avec les pierres sacrées des Amérindiens. Ce bijou est la seule expression de la troisième dimension dans l’œuvre entière.

L’horizon est bardé de couleur turquoise habillant l’espace tel le reflux d’une vague qui rencontre le firmament. Les Navajos pensent que la turquoise est un morceau du ciel tombé sur terre. Les Apaches croient qu’elle combine les esprits de la mer et ceux du ciel afin d’aider les guerriers et les chasseurs.

La roche opaque d’une couleur vibrante a toujours été considérée comme une pierre de vie et de bonne fortune ayant des propriétés curatives. La turquoise est également employée par les Amérindiens comme médicament, croyant qu’elle soigne les désordres gastriques, les hémorragies internes, les piqûres d’insectes, etc. Pour plusieurs, la turquoise est un talisman. Je lui attribue, et pour cause, des vertus magiques de protection contre le pouvoir abusif et les sévices mortels.

La valeur symbolique de la couleur mène tout droit à la montagne mystérieuse située à la gauche de la toile. Elle révèle subtilement une mosaïque de photos de plusieurs dizaines de femmes autochtones portées disparues et assassinées. Les deux artistes ont taillé une brèche dans le banc de roc afin d’immortaliser le souvenir des martyres en noyant dans ce petit élément de leur travail d’art le sang, l’âme, l’esprit des femmes tombées sous le joug pesant et humiliant des coupables d’assassinat.

La vue de la scène si bien évoquée arrache le cœur. Les spectateurs ont du mal à retenir leurs larmes.

D’un projet à l’autre, les artistes déclarent « qu’il n’y a aucune répétition de couleurs, de techniques ou de concepts, voire de matériaux. L’amélioration de notre champ d’expertise, que ce soit la peinture ou la conception de bijoux intégrés, a été énorme et s’est révélée en peu de temps. Nous avons été profondément impliquées dans ce projet et les idées étaient plus rapides que le temps que nous avions afin de le réaliser. Le fait que chaque portrait ait une histoire à raconter en a fait un projet passionnant et de grande valeur ».

https://galeriemptresart.com/nos-artistes/peinture/nancy-vincent-et-rana-temsah/

Permettez-moi d’affirmer, hors de tout doute, que le travail d’envergure de Nancy et de Rana exerce un changement social chez le spectateur. Pour le moins, il élève la conscience de chacun et force quiconque à remettre en cause la pensée dominante, à contester ses propres préjugés, principes et convictions, puis à se persuader de prendre position en appuyant activement la cause « marrainée » par les organismes mentionnés ci-dessus.

L’ART AUTOCHTONE AU SERVICES DES DISPARUES ET ASSASSINÉES

Au fil du temps, plusieurs projets artistiques et communautaires, en étroite relation avec la disparition des vies injustement interrompues, ont vu le jour au Canada. Citons-en quelques-uns:

. Walking With Our Sisters a lancé un appel, en 2012, pour inviter les gens à créer et à décorer des mocassins afin de maintenir le souvenir des sœurs volées et d’honorer leur vie. Ces œuvres font partie d’une exposition itinérante qui sera présentée, entre autres, à Kahnawake en 2017.

. L’AFAC poursuit la lancée du projet La poupée sans visage, une exposition d’arts visuels itinérante à la mémoire de femmes autochtones fortes et belles devenues victimes « sans visage » d’actes criminels.

. Le projet d’envergure The Red Dress Project, conçu par l’artiste métisse multidisciplinaire Jaime Black installée à Winnipeg, présente à l’Université de la Saskatchewan plus de cent robes rouges. Cette installation artistique a été créée en hommage aux femmes autochtones disparues ou assassinées. Les robes, de coupes différentes, sont suspendues, entre autres, sur des cintres au-dessus de rampes d’escalier et sur des balcons. Certaines sont même accrochées à des arbres.

Madame Black cherche à interpeller le public sur la portée de l’ethnicité et du genre dans la violence en faisant ressortir la personnalité des disparues.

Selon elle, cela permet à la communauté de s’engager dans le processus artistique. Depuis 2011, l’installation d’art a été présentée à l’Université de Winnipeg, à l’Assemblée législative du Manitoba et à l’Université de l’Alberta. L’exposition a été ensuite accueillie au Musée canadien pour les droits de la personne à Winnipeg, dont l’ouverture officielle a eu lieu en septembre 2014.

Toute personne intéressée à présenter cette exposition itinérante est invitée à consulter ce site Internet : http://www.theredressproject.org/

http://indigenousfoundations.arts.ubc.ca/home/culture/artistic-expressions/jaime-black.html

EN CONCLUSION

Nancy Vincent et Rana Temsah révèlent le secret de leur créativité : « La belle amitié qui nous unit, la douceur et l’harmonie qui nous ont permis de réaliser cette pièce d’art en font un projet des plus importants pour nous et a fait surgir une étincelle pour le prochain sujet actuellement en gestation. Le partage de cette réalisation avec tout le monde est la source de notre plus grand bonheur. »

Partir à la découverte de leur biographie, de leur démarche et de leur curriculum vitae:

https://galeriemptresart.com/nos-artistes/peinture/nancy-vincent-et-rana-temsah/

Si j’ai choisi de présenter deux femmes artistes se détachant de la mêlée par la thématique qu’elles ont exploitée, c’est parce qu’elles portent en elles l’essence pluriculturelle qui ressemble à la renaissance culturelle des communautés autochtones. Les femmes artistes des Premières Nations innovent, elles aussi, en utilisant des matériaux et des motifs inédits dans la fabrication des habits et des objets du quotidien. Au fil du temps, elles donnent à leurs créations un sens novateur adapté à leur réalité. Elles les transforment, puis ils deviennent leur mode d’expression, sans perdre leur authenticité.

Les Manitobaines ont accumulé une longue histoire de réalisations et de contributions dans le domaine des arts. Leur province est le foyer d’une communauté dynamique d’artistes reconnues et émergentes. Elles ont bravé nombre de présomptions les plus profondément ancrées de notre société. De leur travail jaillit des idées-forces. Leur art catalyse la pensée critique et suscite de puissantes interactions. Il oriente le public à reconnaître qu’il est primordial, pour leur nation, de rechercher et de soutenir le changement intrinsèque des valeurs dans leur collectivité.

Espérons que l’hémorragie meurtrière de milliers de femmes innocentes s’est draconniennement amoindrie. Tant de personnes, à l’échelle nationale, se mobilisent pour vaincre la résistance sociale et contrer cette bêtise incommensurable.

Les artistes féminines prenant des risques dans l’expression de leur art communiquent leur vision en faveur de l’évolution des rapports entre individus et modifient effectivement le cours des choses, petit à petit.

Je cite Marc Séguin, peintre et romancier québécois: « Un tableau, c’est une urgence », et il y a urgence en la demeure dans la présente cause.

Par solidarité avec les femmes des Premières Nations, je vous recommande, entre autres, de parcourir les références suivantes:

. http://www.gov.mb.ca/msw/pdf_files/celebrate_women.pdf

. Soeurs volées : enquête sur un féminicide au Canada d’Emmanuelle Walter, publié chez Lux Éditeur. http://www.soeurs-volees.com/

. http://ici.radio-canada.ca/regions/colombie-britannique/2011/09/12/003-enquete-larmes-oppal.shtml

. http://ici.radio-canada.ca/regions/colombie-britannique/2012/12/16/004-publication-rapport-oppal.shtml?utm

.http://www.amnistie.ca/sinformer/communiques/local/2014/canada/rapport-grc-femmes-autochtones-assassinees-disparues

 

su_2014

SÜ (suzanne fortin), artiste et rédactrice pour NECT’ART

www.fortinsuzanne.com

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