CHRONIQU’ART – Avril 2014

Frappés d’admiration par la renaissance des toiles de grands maîtres et par le partenariat art-science
Par SÜ (Suzanne Fortin), artiste peintre


Pierre-Auguste Renoir. Madame Léon Clapisson, 1883. M. et Mme Martin A. Ryerson Collection.

Est-ce que les Renoir, Van Gogh, Picasso, Rothko et autres, tous autant célèbres, auraient imaginé que leurs œuvres eussent été altérées par le temps et la lumière au point de ne devenir qu’une pâle copie des originales ? Ont-ils pensé que leurs réalisations resteraient éternellement intactes et qu’elles traverseraient mers et mondes sous leurs plus beaux atours ?

Grâce aux technologies de fine pointe telle que la spectroscopie Raman, développée par le professeur Richard P. Van Duyne et son équipe, de vieux chefs-d’œuvre renaissent. Ce professeur de chimie et d’ingénierie biomédicale à l’Université Northwestern en Illinois a redonné ses couleurs de noblesse au tableau Madame Léon Clapisson, peint par Pierre-Auguste Renoir. Ils ont résolu le mystère des « vrais carmins », pigments brillants et très sensibles à la lumière, disparus de la toile depuis 1883. « L’analyse et l’identification des molécules organiques ont fait ressortir la visualisation numérique des couleurs originales », explique Van Duyne. Les « rouges vifs » reconstitués sont analogues aux originaux fraîchement peints par Renoir.

Renoir True Colors : Science Solves a Mystery est en exposition au Art Institute de Chicago jusqu’au 27 avril 2014.

Sources :
GOLDE, Katie. « Renoir reds revealed at Art Institute exhibit and AAAS science summit », Medill Reports, [http://news.medill.northwestern.edu/chicago/news.aspx?id=228036]

Réflexions sur la psychologie de l’art : le sens des mots et l’esthétique
Par Henri Martin-Laval,  psychologue et artiste graphique

Les mots n’ont pas le même sens pour tous les êtres humains, même lorsque ceux-ci parlent la même langue. Par exemple, deux personnes ne peuvent pas interpréter le terme « amour », par exemple, de la même façon, puisque chaque individu met dans l’interprétation qu’il fait de ce terme toute son histoire de vie. Pour compliquer encore la question, la valeur émotionnelle des mots change en fonction du contexte dans lequel ils sont employés. La notion de « beauté » ne prend pas la même valeur selon que ce mot s’applique à un être humain, à une plante, à un livre, à une idée, à une maison, à une musique, à une peinture… Et, pour revenir au concept d’amour, on pourra « aimer » sa mère, sa femme, sa fille, le filet mignon, le beurre à l’ail, le vent du nord et les couchers de soleil, mais tous ces amours prendront une saveur différente selon l’objet auquel ils seront destinés. Leur seul point commun sera d’éveiller en nous une émotion sur laquelle toutes et tous pourront apposer la même étiquette sémantique, celle de l’amour.

Tous s’accordent pour affirmer que ce qui fait qu’une production humaine est qualifiée d’œuvre d’art est le sentiment esthétique qu’elle éveille en nous. Et tous les dictionnaires s’entendent quand ils affirment que le mot
« esthétique » réfère à la perception de la beauté. Mais la présence dans l’œuvre d’art de cette beauté si polyvalente est-elle vraiment nécessaire ? Ou ne suffit-il pas plutôt qu’un objet créé par l’humain éveille en nous une émotion intense pour que nous le qualifiions d’œuvre d’art ? Autrement dit, n’est-ce pas plutôt la puissance de l’émotion ressentie que sa qualité (en termes esthétiques en particulier) qui importe ?

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Les Impatients : L’art de transformer

Par Alexis Lapointe,  rédacteur

Les Impatients organisent chaque année de nombreuses expositions, nous entendons parler d’eux fréquemment dans les journaux. Radu Christian Barca y travaille comme art-thérapeute. À la suite d’une entrevue, il nous explique la mission de cet organisme. Si l’art-thérapie englobe beaucoup d’approches liant la parole à l’expression artistique (cf. l’entrevue réalisée avec Alexandra Duchastel dans la dernière édition de NECT’ART), Les Impatients misent sur l’acte de création en lui-même pour venir en aide aux personnes atteintes de problèmes de santé mentale.

L’organisme offre des ateliers de groupe supervisés par des intervenants, composés à la fois d’art-thérapeutes professionnels ou d’artistes reconnus. « Nos participants créent ensemble, dans une atmosphère conviviale », explique Monsieur Barca. Il souligne que le contact humain se révèle aussi un pilier sur le plan thérapeutique compte tenu des liens étroits qui se tissent entre les participants. Les ateliers conjuguent le travail d’équipe en vue de projets collectifs et la création libre, où « c’est l’imaginaire personnel qui prime ». Si la peinture et le dessin constituent les principaux moyens d’expression préconisés par l’organisme, celui-ci offre aussi « des ateliers de musicothérapie, de composition, de bande-dessinée et d’écriture ».

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Les intentions et les oeuvres d’art (1re partie)
Par Annie Gauthier, artiste

/ INTENTIONS DE L’ARTISTE

J’ai eu dernièrement à côtoyer une soixantaine de nouveaux collègues artistes. Nous avons eu à trouver rapidement des solutions pour rétablir une situation que nous déplorions tous. Dans le feu de l’action, j’ai pris une pause pour regarder le monde dont je faisais partie. J’ai pu apercevoir toute la beauté de ce groupe de créateurs. J’y ai perçu de l’intensité, de l’émotivité, de la créativité, de l’originalité, de la générosité, de l’intelligence, pour ne nommer que ces caractéristiques-là. Ce qui nous a réunis dans cette situation problématique, à mon avis, c’est notre grand désir de partager avec le spectateur le fruit du travail réalisé, d’exposer l’œuvre finale. Pourquoi donc vouloir tant partager et montrer notre travail ? Eh bien, pour en vivre, pour vendre et ainsi faire place à de nouvelles œuvres, pour le plaisir de discuter avec le spectateur, pour aller encore plus loin dans notre création, notre recherche, pour avancer, continuer, vivre !

À la suite de cette expérience, je constate entre autres, et c’est un fait établi, que peu d’artistes roulent sur l’or. Pourtant, la majorité de ceux que j’ai rencontrés, l’air satisfait, persévèrent depuis des années. Le besoin de créer est plus fort que les difficultés encourues et les conditions de vie précaires. Il semble bien que ce que l’on cherche à transposer dans une réalisation artistique impose sa présence, son existence.

                       

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