RÉFLEXIONS SUR LA PSYCHOLOGIE DE L’ART – L’UNIVERSALITÉ DE L’ART – NECT’ART – Juin 2014

RÉFLEXIONS SUR LA PSYCHOLOGIE DE L’ART – L’UNIVERSALITÉ DE L’ART

Dans un texte précédent, j’évoquais l’importance du système de valeurs du spectateur dans l’apparition chez lui d’une réaction émotionnelle lorsqu’il se trouve en présence d’une œuvre qu’il qualifie d’artistique. Ces valeurs qui nous sont inculquées par nos parents, nos éducateurs, nos relations sociales, en fait, par tout ce que papa Freud[1]a défini comme le « sur-moi », interagissent et s’amalgament tout au long de notre vie pour créer ce que nous appelons notre « culture ». Et cette culture, selon le bon mot d’Édouard Herriot, c’est « ce qui reste une fois qu’on a tout oublié » !

Par le fait même, l’émotion que l’art éveille en nous est composée d’une telle myriade d’apprentissages émotionnels qu’il est surprenant de constater que deux individus peuvent être d’accord sur la valeur artistique d’une seule et même œuvre d’art. Or, l’art est une activité humaine universelle, et tout être humain est ému par l’œuvre d’« art », quelle que soit l’origine culturelle de cet humain… ou celle de l’œuvre. Comment alors expliquer cette contradiction entre l’individualité de la perception artistique et l’universalité de la notion d’art? Comment expliquer que dans toutes les cultures, des plus barbares aux plus civilisées, la notion d’art existe?

À l’aube du vingtième siècle, un psychanalyste du nom de Jung[2] a apporté à ces questions une réponse fort originale en postulant l’existence chez l’humain d’un « inconscient collectif » développé à partir d’« archétypes ». Jung explique l’archétype comme une « forme instinctive de représentation mentale » qui unit une émotion à un symbole. Et puisque ces archétypes sont de nature instinctive, il s’ensuit logiquement que chaque humain, dans son propre inconscient collectif, les partage avec tous les autres humains. L’inconscient collectif émerge de la structure psychique humaine, et même animale. Et c’est cette réalité individuelle de l’inconscient collectif qui fait que l’art est universel.

Ceci dit, que les artistes non figuratifs et para-figuratifs se rassurent… Si, bien sûr, beaucoup de ces symboles archétypaux qui éveillent en nous des émotions sont représentés dans notre esprit par des concepts facilement reconnaissables (une fleur, une maison, un cheval…), ils peuvent également être reconnus sous une forme abstraite. Jung affirme en effet que l’archétype est « une forme symbolique qui entre en fonction partout où n’existe encore aucun concept conscient ». Autrement dit, l’humain peut éprouver une émotion, et plus particulièrement une émotion esthétique, lorsqu’il prend conscience de la représentation symbolique d’un concept aussi inexistant qu’inconscient… C’est la définition même de l’abstraction !

[1] J’aime bien l’appeler « papa » puisqu’il est le père de la psychanalyse, et je parle évidemment ici de Sigismund Schlomo Freud (1856-1939) dont on peut retrouver le portrait à l’adresse : http://henriml.com/index.php?option=com_content&view=article&id=50&Itemid=2.

[2] Et ici je parle, tout aussi évidemment, de Carl Gustav Jung (1875-1961), le fils intellectuel du précédent.

 

Henri Martin-Laval, rédacteur pour NECT’ART

Psychologue et artiste graphique

henriml.com

 

 

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