RÉFLEXIONS SUR LA PSYCHOLOGIE DE L’ART – LE PARADOXE : UNE TECHNIQUE QUI FAIT EXPLOSER LA CRÉATIVITÉ !

RÉFLEXIONS SUR LA PSYCHOLOGIE DE L’ART

LE PARADOXE : UNE TECHNIQUE QUI FAIT EXPLOSER LA CRÉATIVITÉ !

Du jour où j’ai entendu le mot «paradoxe», j’en suis tombé amoureux. Je me souviens que, tout jeune, j’aimais déjà sa sonorité : je le répétais à haute voix et il me faisait rire chaque fois que je le prononçais. Et puis un jour, j’ai appris que ce mot désignait une idée très particulière, une idée qui choque notre système de valeurs parce qu’elle s’y oppose carrément ou même, plus simplement, parce qu’elle vient le narguer en ébranlant ses certitudes[1]. Cette déstabilisation cognitive peut aider l’artiste à découvrir, à atteindre et, même, à volontairement stimuler des niveaux jusque là inconnus dans sa créativité.

Il existe une technique simple et amusante qui permet de provoquer des idées créatives grâce au paradoxe. Il suffit de choisir un substantif quelconque et de lui associer un adjectif qui vienne provoquer ou contredire le sens qu’on lui attribue généralement. L’adjectif en question sera parfois tout spontanément évident, comme une illumination, mais si ce n’est pas le cas, on pourra faire une liste d’adjectifs et choisir celui qui nous séduit le plus. Par exemple, un graphiste qui décroche un contrat avec une firme publicitaire pourrait partir du mot «publicité» pour y associer l’adjectif «confidentielle» et ainsi obtenir un concept pour le moins intéressant. Et si la publicité que notre artiste doit développer porte sur un «parfum», il pourrait lui associer l’adjectif «inodore» !

Il est facile d’appliquer cette technique à n’importe quel aspect de la réalité. Il suffit de se questionner sur la préoccupation première du «prisonnier» pour trouver à l’instant «prisonnier évadé». Et serait-il possible que le «pompier» soit «pyromane» ? Ou pire, «incendiaire» ? Toujours dans le domaine des humanoïdes, peut-on concevoir un «pantin autonome» ? Dans la recherche de la connaissance, le «sorcier scientifique» m’a toujours fait rire. Mais, dans la terminologie politique, il est possible d’associer, et sans rire cette fois, le mot «progressiste» avec l’adjectif «conservateur» ! Et, puisqu’on ne peut parler politique sans parler vote, liberté et… liberté de vote, n’oublions pas le «choix imposé». Sur un ton plus léger, l’art culinaire nous apprend qu’on peut manger du «jambon sucré», et, dans la catégorie des autres plaisir des sens, qu’il est sage de se méfier d’un «orgasme calculé» et de ne pas rêver à une «éjaculation permanente».

Et je laisse mes lectrices et mes lecteurs avec un dernier et touchant exemple de la puissance évocatrice du paradoxe. Lors d’un de mes ateliers sur la créativité, une participante à qui j’avais suggéré le mot de départ «fleur» y avait associé l’adjectif «fanée». Bien sûr, cette personne avait parfaitement appliqué les consignes de l’exercice, mais j’ai toujours été persuadé que sa réponse reflétait une réalité bien plus profonde chez elle, réalité qu’elle avait peut-être découverte en verbalisant son paradoxe.

[1] C’est d’ailleurs cette fascination pour le para-doxe qui a fait que ma production artistique se définit aujourd’hui comme une exploration de la para-réalité.

henri-martin-laval

Henri Martin-Laval,

Psychologue et artiste graphique

http://henriml.com/

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