RÉFLEXIONS SUR LA PSYCHOLOGIE DE L’ART – LA GESTALT : LA «BONNE» FORME | CHRONIQU’ART – FÉVRIER 2016

RÉFLEXIONS SUR LA PSYCHOLOGIE DE L’ART

LA GESTALT : LA «BONNE» FORME

gestalt

Le dessin qui fait l’entête de ce texte est sans doute universellement connu. Sa particularité tient au fait que notre cerveau y reconnaît soit un vase noir, soit deux profils blancs qui se font face, mais qu’il est difficile de voir le vase si l’on voit d’abord les visages et vice-versa. Et cette difficulté augmente encore quand on tente d’y percevoir les deux concepts en même temps. Cette image classique et une multitude d’autres illusions d’optique aussi surprenantes qu’amusantes sont issues d’une école de pensée psychologique qui se nomme la Gestalt.

Lorsqu’on parle aujourd’hui de psychologie de la Gestalt, on a tout de suite tendance à penser à une forme de psychothérapie d’approche humaniste. Mais peu de gens savent que cette thérapie tire son origine d’études portant sur la manière dont notre cerveau interprète les indices sensoriels qu’il reçoit. Durant la première moitié du vingtième siècle, les travaux de cette discipline naissante qu’était alors la psychologie visaient surtout à expliquer le fonctionnement de la machine humaine, sa physiologie en fait, plus que sa psychologie! Et, tout naturellement, on a tenté de comprendre comment nos sensations, transformées en perceptions à travers l’interprétation qu’en faisait notre cortex, avaient le pouvoir d’évoquer en nous des images, des pensées, des émotions.

Les travaux des premiers Gestaltistes portaient justement sur cette forme de perception qui intéresse particulièrement les fans de Nect’Art : la perception visuelle. En conclusion de leurs observations sur les réponses que donnaient leurs sujets à la présentation de dessins et de diverses formes géométriques, ces chercheurs ont formulé des principes qui déterminent les caractéristiques essentielles de ce qu’ils nomment la «bonne forme». Gestalt est un mot allemand qui signifie agencement, mise en forme, et, selon cette approche, notre cerveau chercherait spontanément à identifier et à reconnaître les bonnes formes dans notre environnement visuel. Ce qui fait qu’en présence d’une image, nous aurions tendance à percevoir des unités globales plutôt que leurs éléments distincts, les parties de ces unités. Et si l’on extrapole cette tendance au domaine émotif, on pourrait y trouver une explication de l’attraction que peut exercer sur nous tout le domaine de l’abstraction. Le plaisir esthétique ressenti en présence d’un tableau abstrait ne serait-il pas dû, au fond, à la bonne forme émotionnelle qu’il éveille en nous?

gestalt bonne forme

L’utilisation des principes gestaltistes est évidemment flagrante dans le domaine du design et particulièrement dans celui des logos publicitaires. Mais l’artiste qui a sans doute le plus dramatiquement utilisé la puissance de la bonne forme demeure pour moi Maurits Escher (1898-1972). Sa lithographie, que je me permets de reproduire ci-contre, intitulée Drawing Hands illustre bien la puissance conceptuelle de la bonne forme.

 

henri-martin-laval

Henri Martin-Laval,

Psychologue et artiste graphique

http://henriml.com/

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