RÉFLEXIONS SUR LA PSYCHOLOGIE DE L’ART – DES BIENFAITS DE LA CRÉATION ARTISTIQUE – NECT’ART – Août 2014

RÉFLEXIONS SUR LA PSYCHOLOGIE DE L’ART – DES BIENFAITS DE LA CRÉATION ARTISTIQUE

Il arrive parfois qu’à la suite d’un effort physique inhabituel ou d’un exercice trop soutenu on se rende compte qu’on a mal à des muscles dont on ignorait l’existence. Mais combien de personnes ont déjà fait l’expérience d’entrer en contact avec un aspect de leur psychisme qu’elles ne savaient même pas qu’elles avaient? C’est ce qui se produit lorsque l’être humain fait acte de création et, particulièrement, acte de création artistique. Et, comme dans le cas d’une activité physique inhabituelle, on peut penser qu’une situation psychologique inhabituelle peut provoquer l’utilisation de ressources psychologiques jusqu’alors inconnues de la personne.

Lorsqu’il a développé son concept de stress, Hans Selye a démontré que, face à un événement potentiellement stressant, l’humain peut faire appel à deux stratégies : la fuite ou le combat. Et Henri Laborit, un médecin français connu pour avoir développé les neuroleptiques, ajoute que, lorsque nous sommes confrontés à une situation nouvelle en face de laquelle nous ne savons pas comment réagir et pour laquelle nous n’avons pas de réponse immédiatement disponible, notre activité est inhibée, et nous nous réfugions souvent dans l’immobilisme, ce qui crée chez nous de l’anxiété, ou, pis encore, de l’angoisse. La fuite, plutôt que le combat, en nous éloignant de la situation problématique, vient apaiser cette angoisse. Et pour Laborit, il y a trois possibilités de fuite : la psychose, la drogue, ou la création. C’est la thèse qu’il présente dans son Éloge de la fuite et qu’il développe dans le film d’Alain Resnais Mon oncle d’Amérique[1].

L’efficacité de l’activité créatrice dans la lutte à l’anxiété est d’ailleurs démontrée dans l’art-thérapie, qui se définit comme une pratique de soin fondée sur l’utilisation thérapeutique du processus de création artistique. Et le plus intéressant de l’histoire c’est qu’il n’est même pas nécessaire d’avoir besoin d’aide thérapeutique pour profiter des bienfaits psychologiques de l’activité créatrice! Dans tous les cas, la personne qui crée s’implique, d’une œuvre à la suivante, dans un processus qui stimule et entretient son hygiène psychologique. Je peux bien sûr en témoigner personnellement, et je recommande souvent l’utilisation de la création comme modalité d’action pour les personnes anxieuses ou, à plus forte raison, dépressives.

Développer sa fibre créatrice, c’est s’affirmer, c’est s’enrichir en s’exprimant, c’est devenir un peu plus soi-même. Mais c’est également développer une technique efficace de lutte à l’anxiété qui apporte le bénéfice secondaire de la production d’une œuvre qui pourra, lorsqu’elle aura acquis sa propre réalité, communiquer une émotion aux personnes qui entreront en contact avec elle.

«Je ne dis pas tout, mais je peins tout» – Pablo Picasso

 

[1] La semaine dernière, j’ai retrouvé et revu cet excellent film ici : https://www.youtube.com/watch?v=FQcC-VB_W-s

 

Henri Martin-Laval, rédacteur pour NECT’ART

Psychologue et artiste graphique

henriml.com

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