QUELQUES ENNEMIS DE LA CRÉATIVITÉ III | CHRONIQU’ART – Décembre 2015

QUELQUES ENNEMIS DE LA CRÉATIVITÉ III :

L’ESPRIT DE COMPÉTITION ET LE REFUS DU RÊVE

 

Beaucoup pensent que la créativité est une habileté innée, un trait de personnalité, une sorte de don. Que l’humanité est divisée en deux groupes : les créateurs et les autres… Ou même que le degré ou la quantité de créativité de chacun est déterminé par ses gênes, et qu’on naît un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout créateur. Et effectivement, si on essaye d’évaluer la capacité créative de diverses personnes, les différences sont importantes. Certaines, confortablement installées dans une routine des plus régulières, sont totalement comblées par leur quotidien, alors que d’autres ne peuvent pas se sentir heureuses sans constamment remettre en question leur environnement pour le modifier, le faire éclater, le re-créer! L’origine de cette différence est sans doute due à l’histoire d’apprentissage de chacun qui a permis aux personnes dites «créatives» de se prémunir contre les ennemis de la créativité que sont l’esprit de compétition et le refus du rêve.

Ce qui rend un individu compétitif, c’est d’abord la perception dans son environnement d’une menace à l’intégrité de sa personne, ou, plus exactement, à l’image qu’il se fait de cette intégrité. Et ensuite, bien sûr, le désir d’éloigner cette menace par un passage à l’acte. La personne qui croit devoir être meilleure que le voisin dans tel ou tel aspect de sa vie ne peut se satisfaire dans la contemplation de son œuvre; elle doit obtenir la certitude que l’autre, l’adversaire, a été dépassé, détruit, humilié. La plupart du temps, cette activité compétitive oppose la personne en question à un ou à plusieurs concurrents, et la tension que cause la compétition ne peut se terminer qu’avec la défaite de cet ennemi. Et plus cet affrontement se prolongera, plus il sera cause d’anxiété. Or pour s’épanouir pleinement, la créativité a besoin d’un cadre harmonieux qui est aux antipodes de l’anxiété. Et on peut facilement comprendre que cette difficulté ou même cette impossibilité de créer chez la personne anxieuse sera d’autant plus importante que la compétition se fera avec elle-même. L’image bien connue du serpent qui s’avale lui-même s’applique parfaitement à cette situation. Dans ces conditions, le seul résultat de l’effort de créativité sera une forme d’autodestruction.

Et l’esprit de compétition amène avec lui un corollaire incontournable : celui du refus du rêve. Pour que la créativité puisse se manifester, nous avons besoin de nous laisser aller, de nous permettre de laisser grande ouverte la porte à notre imagination, cette «folle du logis». Il s’agit ici de sortir du cadre, de sciemment refuser les contraintes que la réalité nous impose pour permettre à notre pensée d’accéder sans crainte et sans contrainte au désordre, au chaos. On peut utiliser des techniques efficaces pour atteindre cet objectif, comme celle du paradoxe – dont j’ai parlé dans un texte précédent – et bien sûr, celle du remue-méninges, qui consiste à jeter sur papier toutes les idées qui nous viennent à l’esprit sans en faire d’évaluation et à revenir ensuite dans la réalité pour choisir celle qui nous convient le mieux. Personnellement, quand je sens la panne de créativité qui s’immisce en moi, j’applique cette formule paradoxale, mais si efficace:

Moins je me censure, plus je me sens sûr!

 

 

henri-martin-laval

Henri Martin-Laval,

Psychologue et artiste graphique

http://henriml.com/

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