QUELQUES ENNEMIS DE LA CRÉATIVITÉ II : LE REFUS DE SE REMETTRE EN CAUSE ET LA CRAINTE DE LA NOUVEAUTÉ – CHRONIQU’ART – Août 2015

QUELQUES ENNEMIS DE LA CRÉATIVITÉ II : LE REFUS DE SE REMETTRE EN CAUSE ET LA CRAINTE DE LA NOUVEAUTÉ

L’artiste, par définition même, est un créateur. Et quand il décide de produire, il fait face, de manière quotidienne, à un défi de taille : celui de constamment se renouveler. Le problème, c’est que la créativité est difficile à discipliner, à établir, si je puis dire. Par définition, en effet, qui dit créer dit se libérer du maximum de restrictions possibles, faire exploser les conventions et les tabous, inventer de toutes pièces des réalités nouvelles et des mondes nouveaux. Il arrive parfois, fort heureusement, que cette explosion créatrice se produise spontanément, sans effort, et que l’inspiration vienne toute seule. Mais quand ce n’est pas le cas, on peut se demander si quelques ennemis de la créativité ne se sont pas subrepticement glissés dans l’esprit de l’artiste, l’empêchant ainsi de produire.

L’un des plus pernicieux de ces ennemis s’appelle le refus de se remettre en cause, ou plus précisément, de se remettre en question. Il est en effet facile et tentant de se laisser aller à utiliser ou même à exploiter une technique, une approche, un système qui nous a permis de belles créations, de belles réussites, surtout quand la critique est positive et qu’elle nous encourage à le faire. Mais attention à l’ornière dans laquelle nous risquons de tomber si nous ne nous remettons pas en question, celle que j’appelle le syndrome « d’Andy Warhol » qui, après avoir révolutionné le monde de l’art en quelques années, est tombé dans le piège de la facilité et de la répétition. La manière d’éviter cette erreur est de se questionner le plus souvent possible sur soi-même, et plus particulièrement sur l’originalité de l’approche que nous utilisons pour exprimer notre émotion artistique, ce que mon amie Mélanie Poirier appelle très justement «l’art d’oser». Personnellement, j’aime bien me mettre au défi, et quand je trouve sur Internet un appel de dossiers dont le thème s’éloigne de ma production habituelle, je me fais un devoir de m’y intéresser dans l’espoir que cet affrontement avec moi-même provoque l’étincelle créatrice.

Une autre difficulté majeure dans la recherche de la créativité est la crainte de la nouveauté qui est d’autant plus pernicieuse qu’elle est innée chez tous les animaux et, par conséquent, chez tous les humains. Face à une situation nouvelle, envers laquelle nous n’avons pas d’expérience, donc pas de réponse toute prête, nous réagissons de manière réflexe en ressentant de la peur, de l’anxiété. Cette réaction spontanée, qui est très utile lorsque nous sommes physiquement en danger puisqu’elle nous permet de survivre, peut cependant devenir assez désagréable pour nous amener à fuir toute situation nouvelle devant laquelle nous sommes confrontés, même quand le danger n’existe pas. Tout ce que l’anxiété nous apporte alors est un malaise généralisé qui nous désorganise parce qu’il nous fait ressentir d’autres émotions négatives pouvant aller jusqu’à la colère, ou pire, jusqu’au désespoir. La sensation d’anxiété ressentie face à une nouveauté qui nous perturbe sans nous mettre en danger ne devrait donc pas être un signal d’évitement de la situation, mais, au contraire, un incitatif à poursuivre notre recherche de créativité.

henri-martin-laval

Henri Martin-Laval,

Psychologue et artiste graphique

http://henriml.com/

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