LE PROCESSUS DE CRÉATION – Une vision naturalisée de l’art – CHRONIQU’ART – Décembre 2014

LE PROCESSUS DE CRÉATION – Une vision naturalisée de l’art

Tout artiste, à un moment ou à un autre, visite son processus de création. Que ce soit pour transmettre sa démarche artistique, pour répondre à la question d’un spectateur ou encore dans le feu de l’action, lorsqu’il crée. Certains scientifiques considèrent le processus de cette activité humaine qu’est la création comme un phénomène naturel et biologique.

La science et surtout les neurosciences, à l’aide de l’imagerie mentale, enrichissent nos connaissances à propos de nos fonctions et mécanismes biologiques. Ces nouveaux outils, jumelés à l’étude de patients atteints de certains dysfonctionnements et de troubles associés au cerveau, permettent aux chercheurs de saisir plus précisément comment notre machine biologique œuvre et s’organise.

Vilayanur S. Ramachandran, neurobiologiste, a développé à travers son parcours médical, une théorie de l’activité artistique cérébrale. Dans son ouvrage Le cerveau fait de l’esprit[1], il tente de nous persuader que « notre connaissance des mécanismes de la vision et du cerveau humains est désormais assez sophistiquée pour spéculer intelligemment sur la base neuronale de l’art, et peut-être pour bâtir une théorie scientifique de l’expérience artistique[2] ». Notre façon de voir est spécifique à l’espèce humaine[3]. L’œil est l’organe qui recueille les informations, le cerveau les traite et, ainsi, il nous permet de voir la réalité qui se dessine devant nous.

Selon Ramachandran, « la majorité des gens reconnaissent que le but de l’art n’est pas de créer l’exacte réplique d’un objet, mais au contraire de distordre, d’exagérer – voire de transcender – délibérément le réalisme de façon à provoquer un certain plaisir (voire un trouble) chez l’observateur. Et plus cet effet est efficace, plus l’émotion esthétique est grande[4] ». C’est lors d’un séjour en Inde que le neurobiologiste a amorcé une réelle réflexion sur l’art en débutant par l’art indien. Il en arrive à la conclusion que « les œuvres d’art ne sont donc pas des photocopies. Elles impliquent une distorsion, une hyperbole délibérée, de la réalité. Mais il ne suffit pas de déformer une image pour obtenir une œuvre d’art[5] ». C’est en partie pour tenter de saisir et comprendre ces « distorsions » qui suscitent l’intérêt dans un objet d’art qu’il a élaboré neuf lois de l’esthétique.

Voici une courte présentation des neuf lois[6] de Ramachandran, lois qu’il propose « pour tenter de comprendre pourquoi les artistes créent et pourquoi les gens apprécient leurs œuvres[7]» :

  • Groupement : Face à des taches, disposées aléatoirement le cerveau cherche à former un motif unique.
  • Exagération : Notre cerveau, programmé pour la survie, répond à des stimuli ultranormaux.
  • Contraste : Il attire notre attention. Il crée des limites, des frontières ainsi que des figures sur un arrière plan.
  • Isolation : L’artiste met l’accent sur une source unique d’information. Cette loi consiste à diriger le spectateur vers un minimum d’information visuelle.
  • Résolution du problème perceptuel : Cette particularité fait réagir nos aires visuelles par le fait de rendre un objet plus attractif en le rendant moins visible.
  • L’horreur des coïncidences : Le cerveau n’aime pas les images représentant le hasard. Il tentera de trouver une option plausible, une interprétation générique pour éviter les coïncidences.
  • Ordre : le besoin de régularité et d’ordre viendrait du désir du système visuel de faire des économies de traitement.
  • Symétrie : L’évolution nous a conditionnés à porter attention à des éléments comme nos semblables et nos prédateurs qui ont une caractéristique commune, la symétrie. C’est pour cette raison que nous l’apprécierions.
  • Métaphore : L’artiste utilise des procédés qui permettent à l’objet d’art d’être porteur de sens et de significations multiples.

Au sujet de l’art, l’auteur nous dit que « nous le pratiquons par plaisir, non par besoin[8] ». En tenant compte de ces lois, on peut supposer que ce sont les sensations associées à l’activité créatrice qui incitent les artistes à créer. Cette approche scientifique ne manque pas d’intérêt. Pour Ramachandran, nous sommes « d’un point de vue anatomique, neurologique, génétique et physiologique, de grands singes [….] La première et unique espèce dont le destin tout entier réside entre ses propres mains et n’est pas le fruit de la chimie et de l’instinct[9] ». Quelle que soit la transformation que l’artiste apporte à sa réalité visible, l’œuvre sera toujours le fruit d’images traitées par son cerveau et, dans ce domaine, il nous reste beaucoup à découvrir.

[1] RAMACHANDRAN, Vilayanur. Le cerveau fait de l’esprit. Enquête sur les neurones miroirs, Paris, Dunod, 2011, 396 pages.

[2] Ibid., p. 222.

[3] Ibid., p. 45.

[4] Ibid., p. 227.

[5] Ibid., p. 228.

[6] Ibid., p. 230.

[7] Ibid., p. 278.

[8] Ibid.., p. 279.

[9] Ibid.., p. 2.

PORTRAIT-ANNIE

Annie Gauthier, artiste et rédactrice pour NECT’ART

www.anniegauthierart.wordpress.com

www.anniegauthier.net

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